Marilou Grenier, héritière d’une grande tradition de gardiennes

Manon Rhéaume, Kim St-Pierre, Ann-Renée Desbiens, Ève Gascon.

Toutes des gardiennes québécoises qui ont marqué leur époque, remporté des médailles et connu du succès sur la scène nationale et internationale. Si le Québec n’est plus la pépinière de gardiens qu’il a déjà été chez les hommes, la tradition demeure bien vivante du côté féminin.

Et une jeune gardienne de 19 ans travaille sans relâche pour se tailler une place parmi cette prestigieuse lignée. Son nom : Marilou Grenier.

Inspirée par son frère, de deux ans et demi son aîné, lui aussi gardien de but, Marilou enfile l’équipement dès son plus jeune âge et développe rapidement une passion pour la position.

« Dès que j’ai eu 4 ans, c’était clair, net et précis : je voulais jouer au hockey. Comment ça fonctionne dans le MAG, c’est qu’ils font des rotations entre les joueurs pour aller dans les buts. Moi, j’étais vraiment la petite fille gossante qui allait voir l’entraîneur à chaque fin de semaine pour lui demander s’il y avait quelqu’un qui voulait y aller. Parce que moi, je voulais y aller! Ça a toujours été clair que je voulais garder les buts », explique Marilou.

Comme bien des gardiens et gardiennes de sa génération, Marilou a grandi en admirant le gardien du Canadien de Montréal, Carey Price.

« Mon surnom dans mes équipes quand j’étais plus jeune, c’était Mary Price. On me comparait beaucoup à lui parce que j’étais athlétique, j’avais du fun puis j’étais très calme. Chaque année à Noël, mon cadeau, c’était toujours le bâton de Carey Price, la collection qui sortait durant l’année. Mon père tapait le bout de mon bâton. Des fois, c’est mon frère qui le faisait. Il écrivait “Mary”, puis là, il y avait le “Price”. »

Le hockey féminin est toutefois arrivé relativement tard dans le parcours de Marilou, qui a longtemps évolué avec les garçons.

« J’ai grandi avec un grand frère puis je suis quand même une personne avec une forte personnalité. J’avais toujours réussi à prendre ma place avec les gars, ça fait que le hockey féminin, pour moi, ça ne pressait pas parce que ça fonctionnait encore très bien avec les gars. »

Sur les traces d’Ève Gascon

En vue de la saison 2022-2023, Marilou obtient donc l’occasion de réaliser un rare exploit : devenir seulement la deuxième gardienne de l’histoire à évoluer dans la Ligue de hockey M18 AAA du Québec.

Après avoir connu un bon camp d’entraînement avec le Blizzard du Séminaire Saint-François et disputé un match préparatoire, elle amorce toutefois la saison avec les As de Québec dans le circuit M17 Espoir.

C’est finalement le 12 février 2023 que Marilou, qui venait tout juste de célébrer son 16e anniversaire, reçoit l’appel tant attendu du Blizzard pour obtenir un premier départ face aux Élites de Jonquière. Malheureusement, la rencontre ne se déroule pas comme elle l’avait espéré.

« Durant l’année, j’avais remplacé deux parties sur le banc, mais là, j’étais partante à Jonquière. Malheureusement, je me suis blessée après six minutes de jeu. Un gars m’est tombé sur la cheville et je me suis fracturé la malléole. »

Malgré ce coup dur, Marilou entrait tout de même dans l’histoire en devenant seulement la deuxième femme à défendre le filet d’une équipe du M18 AAA, après Ève Gascon, qui a évolué avec le Phénix du Collège Esther-Blondin de 2018 à 2020. Et même si seulement quatre années les séparent, Ève est rapidement devenue une source d’inspiration pour la jeune gardienne.

« Ève, quand elle a commencé à percer, c’est vraiment une fille que je regardais avec des étoiles dans les yeux. J’allais lire les articles pour voir comment Ève avait fait ça. Moi, j’y croyais vraiment. J’étais comme : “Ève, elle l’a fait. Il y a quelqu’un qui lui a donné sa chance. Moi aussi, je vais être capable. Il y a quelqu’un qui va me donner ma chance.” »

Quitter le masculin: un deuil

Toutefois, la saison suivante, incapable de se tailler une place avec le Blizzard, Marilou prend une décision importante : pour la première fois de sa carrière, elle choisit de jouer sa saison dans le hockey féminin

« Au lieu de retourner avec les gars pour ma dernière année de hockey avant le cégep, j’ai pris la décision d’aller jouer dans le Midget AAA féminin pour avoir une certaine adaptation. C’était quand même une grosse année pour moi, parce que j’avais Hockey Québec et Hockey Canada, et je devais m’ajuster entre le hockey féminin et le hockey masculin. Cette décision-là s’est prise dans l’optique d’améliorer ma constance. »

Quitter le hockey masculin, dans lequel elle avait toujours évolué, n’a toutefois pas été une décision facile pour Marilou.

« Honnêtement, ça a été vraiment un gros deuil. J’ai essayé de cacher que ça ne me faisait rien, mais je pense que ça a pris un bon deux ans avant que je me rende compte que c’était vraiment fini. J’adore jouer avec les filles aujourd’hui. J’adore la dynamique, j’adore les filles, j’adore le côté humain. Puis je n’échangerais ça pour rien. Je ne retournerais pas avec les gars aujourd’hui, mais ça a été extrêmement difficile de passer du masculin au féminin. »

Après une saison avec les As de Québec dans le hockey féminin, elle s’est jointe aux Titans du Cégep Limoilou, où elle a connu beaucoup de succès au cours des deux dernières campagnes.

Nommée recrue de l’année, choisie à deux reprises au sein de la première équipe d’étoiles et championne collégiale à deux occasions, Marilou a rapidement confirmé qu’elle figurait parmi les meilleures gardiennes de sa génération.

Ses succès se sont également poursuivis sur la scène internationale. Après avoir remporté une médaille de bronze au Championnat mondial des moins de 18 ans en 2024, elle a aidé le Canada à décrocher l’or en 2025, blanchissant les États-Unis en finale.

Le futur contre le présent

En enfilant l’uniforme unifolié, Marilou marchait également dans les traces d’une autre gardienne québécoise qui l’a profondément inspirée : Ann-Renée Desbiens.

« En 6e année, il fallait écrire une lettre à notre idole. Puis j’avais choisi d’opter pour Ann parce que, justement, c’est une gardienne. Ça a vraiment été Ann que j’ai suivie dans son parcours. »

En 2020, peu avant le début de la pandémie, Marilou a eu la chance de partager la glace avec son idole pour la première fois. Cinq ans plus tard, elle se retrouvait face à elle dans un contexte bien différent, alors que les deux gardiennes s’affrontaient dans la LSHL.

« Avant ce match-là, j’avais été coachée à son camp. Ann m’avait hébergée chez elle. J’ai passé deux soirées avec elle et son chum, puis on avait jasé pendant des heures. Rendu au match, c’est sûr que j’étais fébrile, mais je pense que j’avais plus hâte que j’étais stressée. Non seulement il y avait Ann-Renée, mais il y avait aussi Laura Stacey et Marie-Philip Poulin. Puis, affronter Ann, c’était incroyable. Je trouvais ça vraiment malade, toute la publicité que la ligue avait faite avant : le futur contre le présent. Je ne réalisais pas à quel point c’était vraiment cool d’affronter Ann dans un tel duel. J’ai tellement profité du moment présent, j’avais tellement de plaisir. Ça a été une très belle expérience et j’ai vraiment adoré mon match. »

Un rare duo de Québécoises

La saison prochaine, Marilou croisera notamment le fer avec l’alma mater d’Ann-Renée Desbiens, les Badgers du Wisconsin, alors qu’elle portera les couleurs des Bulldogs de Minnesota-Duluth.

Et même si le destin fait en sorte qu’elle formera, avec Ève Gascon, l’un des rares duos de gardiennes québécoises dans la NCAA, ce n’est pas uniquement parce que cette dernière y évoluait déjà que Marilou a choisi les Bulldogs.

« Je voulais jouer avec une équipe qui avait une forte gardienne numéro un de qui je pourrais apprendre. Et les entraîneurs parlaient d’Ève dans le sens qu’ils l’aimaient comme personne et comme athlète. C’est vraiment une personne appréciée là-bas. Quand on discutait du poste de gardienne, je savais qu’Ève avait réussi à se faire un nom là-bas et qu’elle était appréciée des autres. On dirait que de voir à quel point Ève était appréciée par les gens là-bas, c’était rassurant pour moi. C’est vraiment quelque chose que j’ai adoré. Le personnel d’entraîneurs a pesé lourd dans la balance en présentant le programme, mais aussi dans la manière dont ils parlaient d’Ève. Ça a renforcé ma décision. »

En attendant, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir pour une dernière fois, alors que Marilou participera à la finale consolation ce soir et affrontera justement Ève Gascon.

Le grande finale est prévue à 17h15, suivi de la finale consolation vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com

crédit photo: Instagram Marilou Grenier

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