Sortir de sa zone de confort : le parcours de Jessymaude Drapeau vers la LPHF
Certaines personnes ont été surprises d’apprendre que Jessymaude Drapeau avait choisi d’accepter l’invitation au camp d’entraînement des Sceptres de Toronto. Plusieurs auraient plutôt aimé la voir tenter sa chance avec la Victoire de Montréal.
Mais lorsqu’on connaît son parcours et son histoire, son choix devient beaucoup moins surprenant.
Née le 2 août 2000 à Rivière-du-Loup, Jessymaude a grandi en jouant au hockey avec les garçons, faute d’option dans le hockey féminin. Puis, lorsqu’une équipe féminine a finalement vu le jour, elle l’a rejointe.
Mais il ne s’agissait pas d’une équipe de Rivière-du-Loup. C’était une seule équipe pour toute la région.
« Ils ont ouvert une équipe féminine pour la première fois quand je suis arrivée à ma première année bantam (U15). Puis dans le fond, ce n’était pas une équipe de la ville, c’était une équipe qui regroupait tout le Bas-Saint-Laurent. Ça partait de La Pocatière jusqu’en Gaspésie. Je pense qu’on était genre 12 filles dans l’équipe, puis on se promenait. On ne pratiquait pas parce que la région était tellement grande. De La Pocatière jusqu’en Gaspésie, c’est grand en tabarouette! » se souvient Jessymaude.
Vérification faite, on parle de plus de 500 kilomètres.
« Ça n’avait aucun sens de pratiquer. Je pense qu’on avait une pratique par deux mois à Saint-Fabien, qui était comme dans le milieu. Sinon, on n’avait pas de matchs locaux, on jouait: à La Pocatière, Saint-Pascal, Rivière-du-Loup, Trois-Pistoles. »
En 2016, elle décide donc de quitter la maison pour la toute première fois afin de terminer son secondaire à Drummondville, à plus de 300 kilomètres de chez elle.
La raison? Le hockey, bien sûr.
« Dans le fond, j’ai fait trois ans avec les Cyclones dans le Bas-Saint-Laurent. Moi, je capotais sur le hockey. Puis chez nous, bien, je ne pratiquais pas. J’avais comme deux pratiques de 50 minutes à mon école, mais c’était tout. Puis on avait environ un match par fin de semaine. Ça faisait longtemps que j’achalais mes parents pour m’en aller, puis eux étaient comme ‘ben là, t’es bien trop jeune, calme-toi!’ Puis moi j’étais comme ‘ben non, je veux jouer au hockey chaque jour!’ Alors quand je suis arrivée en secondaire 5, je suis allée à Drummondville dans un sport-études. Audrey-Anne Veillette était allée là, Gab David était allée là, c’était à l’école Marie-Rivier. C’était un sport-études renommé. »
Les Gauthier, une famille incroyable
À Drummondville, Jessymaude se trouve une famille d’accueil bien connue dans le monde du hockey : les Gauthier.
« J’ai habité chez Denis Gauthier en pension. Alors ça a été facile pour mes parents de me laisser aller là, parce qu’ils savaient que c’était un bon programme, puis en plus, j’allais dans une bonne famille. »
Chez les Gauthier, le sport et le hockey occupent une place importante. Après une carrière de plus de 500 matchs dans la LNH, Denis est devenu analyste à RDS. Ses deux garçons, Kaylen et Ethan, ont suivi ses traces dans le hockey, ce dernier faisant aujourd’hui partie de l’organisation du Lightning de Tampa Bay. Sa fille, Kellyann, s’est quant à elle illustrée au volleyball.
« C’était une famille incroyable. C’est juste qu’à ce moment-là, j’étais jeune et j’étais gênée. Ça a été vraiment tough. En plus, on dirait que quand tu vas dans une famille, tu essaies de ne pas briser leur routine. Mais ils ont été incroyables avec moi. J’ai appris beaucoup. Ça m’a vraiment aidé à me sortir de ma coquille. »
Et le hasard a voulu que, samedi dernier, Jessymaude et Ethan se retrouvent pour la première fois depuis qu’elle a quitté le domicile des Gauthier, en plus de jouer au sein de la même équipe lors de la Classique KR.
« Kaylen, je l’ai revu parce qu’il jouait avec l’UQTR, alors il venait à Concordia. Puis Kellyann, je l’avais croisé parce qu’elle venait voir les matchs. Mais Ethan, je pense que ça faisait 10 ans que je ne l’avais pas vu! »
Avancer vers Montréal
Après avoir passé une année à Drummondville, on aurait pu penser qu’elle serait retournée plus près de chez elle. C’est mal connaître Jessymaude.
C’est plutôt dans la direction opposée qu’elle a décidé de poursuivre son parcours, en se joignant au Cégep André-Laurendeau, à Montréal.
Un choix mûrement réfléchi.
« J’aurais pu aller à Rimouski ou à Limoilou, mais je n’avais pas le goût de retourner proche de mes parents. On dirait que j’aimais ça vivre mes affaires plus loin. Pour moi, c’était sûr que j’allais à Montréal parce que j’avais déjà fait le step de m’en aller à Drummondville. De un, j’ai éliminé toutes les équipes qui n’étaient pas à Montréal. Après ça, j’avais enlevé les équipes anglaises parce que je n’étais pas rendue là dans mon processus. Puis après ça, c’était de choisir un cégep où il y avait des coachs qui allaient m’aider à me développer. Puis à ce moment-là, à André-Laurendeau, il y avait Phil Trahan et Katia Clément-Heydra qui étaient là. C’était un bon mix. »
Concordia : pour les joueuses et les coachs
Maintenant installée à Montréal, sa prochaine étape, choisir son université, se devait d’être tout aussi réfléchie.
« C’était la même réflexion que pour mon choix de cégep. Je voulais être avec les gens qui allaient m’aider le plus à me développer et à me rendre au prochain niveau. À ce moment-là, j’étais prête à faire le saut vers l’anglais, alors j’ai enlevé les universités francophones de mes choix. À Concordia, il y avait Julie Chu et Caroline Ouellette, j’avais un bon feeling que ça allait me challenger d’être dans un environnement comme ça. Au cégep, j’étais plus dans un esprit que c’était les coachs qui allaient m’aider. Mais à l’université, je me disais que les coachs allaient m’aider, mais aussi les gens avec qui je j’allais jouer. Puis à ce moment-là, il y avait de bonnes joueuses: Claudia Dubois, Brigitte Laganière, Audrey Belzile. J’avais un bon feeling que ça allait m’aider à aller au prochain niveau. »
L’apport de Chu et Ouellette a été très important dans le parcours de Jessymaude. Bien plus qu’elle ne pouvait l’imaginer au départ.
« Moi, c’était hockey, hockey, hockey. Et c’est encore hockey, hockey, hockey, mais Julie et Caro m’ont tellement challengé que j’ai réalisé que oui, le hockey, c’est bien beau, c’est le fun, je suis passionnée, j’aime ça, j’aime gagner, mais toutes les choses qu’elles m’ont aidée à apprendre en tant que leader, ça m’a juste rendu une meilleure personne. »
Toronto, le choix logique
Avec Concordia, Jessymaude a remporté deux championnats nationaux. À sa dernière saison, la capitaine des Stingers a même été nommée meilleure joueuse universitaire au Canada. Et malgré cette dernière année sensationnelle, elle a été ignorée lors du plus récent repêchage de la LPHF.
Ce qui nous ramène à sa décision d’accepter l’invitation au camp d’entraînement des Sceptres de Toronto.
La voie la plus évidente aurait pu être celle de la Victoire de Montréal, où elle aurait notamment retrouvé son ancienne entraîneuse, Caroline Ouellette. Mais dans son cas, ne pas avoir été repêchée aura peut-être été un mal pour un bien. Ça permettait à Jessymaude d’avoir un certain contrôle sur sa destinée et de faire ce qu’elle a toujours fait: sortir de sa zone de confort!
« C’est la suite logique des choses! C’est drôle parce que j’ai reparlé avec Phil Trahan et il m’a dit ‘on dirait que ça avait juste du sens dans ton histoire de faire ça’. Je pars de chez nous et je m’en vais à Drummondville, c’est comme, ok, je sors de ma zone de confort. Puis après ça, hop, je m’en vais au cégep, dans un programme de hockey qui existait juste depuis trois ans, mais je voulais sortir de ma zone de confort. Puis c’est la même chose pour l’université. À ce moment-là, Phil est avec l’Université de Montréal, puis Katia est à McGill, mais j’ai encore pris l’option d’aller là où je ne connaissais personne, de faire mon propre chemin. Toronto, c’était comme écrit dans le ciel, d’aller encore une fois à l’extérieur de ma zone de confort, d’aller quelque part où je ne connais personne. C’est juste la suite logique, parce que j’ai toujours trouvé un moyen de faire ma place dans ces moments-là. »
En attendant, c’est à la LSHL qu’on a pu la voir cet été. Jessymaude sera d’ailleurs en action ce soir.
Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, jusqu’au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com.
crédit photo: Instagram de Jessymaude Drapeau
