Anaïs Leprohon : une saison mémorable entre Équipe Québec et Limoilou
Dans le monde du hockey, comme dans bien d’autres sports, certaines années marquent une carrière plus que d’autres.
À seulement 18 ans, Anaïs Leprohon vient d’en vivre une mémorable.
En réalité, tout a commencé alors qu’elle n’avait que 17 ans.
En novembre dernier, à Terre-Neuve, la défenseuse a contribué à la conquête d’une médaille d’or historique d’Équipe Québec au Championnat canadien des moins de 18 ans. Il s’agissait de la première médaille d’or du Québec au championnat canadien de hockey féminin des moins de 18 ans.
Lors des 15 premières éditions officielles de ce championnat, une équipe de l’Ontario a toujours remporté les grands honneurs. L’Ontario Rouge l’a remporté 14 fois et l’Ontario Bleue, à une reprise.
« La médaille la plus importante pour moi, ça a été celle avec Équipe Québec, parce que c’était la troisième année qu’on allait en finale et qu’on n’était pas capables de rapporter l’or. C’était un soulagement, parce qu’on avait enfin réussi, parce qu’on avait mis beaucoup d’efforts, surtout dans cette année-là, puis on savait qu’on pouvait aller chercher l’or », explique Anaïs.
Tout comme ses coéquipières, elle a gardé cette médaille autour du cou pendant de longues heures.
« Toute la soirée, puis même à l’aéroport, on l’avait. On l’a enlevée pour passer la sécurité, puis après, on l’a remise. Elle n’est pas partie loin de moi! »
En finale contre l’Atlantique, Anaïs a récolté une aide sur chacun des trois buts d’Équipe Québec dans un gain de 3 à 1. Elle a conclu le tournoi avec six mentions d’aide en autant de rencontres.
Pas le résultat voulu
Deux mois plus tard, elle représentait Équipe Canada au Championnat mondial des moins de 18 ans. Après avoir décroché la médaille d’or un an plus tôt, les Canadiennes ont cette fois dû se contenter de l’argent.
Anaïs en garde toutefois un précieux souvenir.
« Juste le fait qu’on soit à la maison, la foule était toute derrière nous. C’était rempli. Nos parents aussi étaient là. Tu voyais que la foule, même si on avait perdu, était tellement contente. C’était complètement différent de ma première fois, mais c’est sûr que si on avait gagné l’or à la maison, ça aurait été encore plus cool. Au moins, c’était un bon match de finale. »
Faire confiance au hockey québécois
La saison 2025-2026 marquait également les débuts d’Anaïs dans les rangs collégiaux, alors qu’elle a porté les couleurs des Titans du Cégep Limoilou. L’équipe venait toutefois de vivre un changement majeur.
Après 22 saisons derrière le banc des Titans, Pascal Dufresne avait accepté le poste d’entraîneur-chef de la future équipe du Rouge et Or de l’Université Laval. Son adjointe, Laurence Beaulieu, lui succédait. Une transition qui a amené Anaïs à se poser quelques questions.
« Au début, j’étais un peu stressée parce que j’avais signé quand c’était Pascal le coach, avoue-t-elle. Puis là, quelques semaines avant le début de la saison, Pascal n’était plus là. J’ai eu peur parce que, quand tu choisis une équipe, c’est pour le coaching staff aussi. Mais quand j’ai su que c’était Laurence, je n’avais plus aucun stress. »
Il était également important pour Anaïs d’évoluer dans le RSEQ plutôt que dans une école préparatoire (prep school).
« J’ai eu des offres pour Bourget et Stanstead, confie Anaïs. Mais je faisais confiance au hockey québécois, d’aller au collégial, et que, si ça ne marchait pas, je pouvais toujours partir. Mais je voulais lui faire confiance. Je voyais aussi que le niveau était quand même très fort et je ne regrette pas du tout ma décision aujourd’hui. »
Une première saison exceptionnelle
Difficile de regretter sa décision, compte tenu de la saison qu’elle a connue.
Grâce à ses 29 points en 27 matchs, elle a terminé parmi les 10 meilleures pointeuses du circuit et au deuxième rang chez les défenseuses, derrière sa coéquipière Rosalie Breton.
En plus de mettre la main sur le titre de recrue de l’année, elle a été nommée sur la première équipe d’étoiles aux côtés de Breton.
En séries éliminatoires, Anaïs a terminé au sommet des pointeuses, à égalité avec sa coéquipière, l’attaquante Kélia Gilbert. Les Titans ont ainsi remporté un troisième championnat consécutif, et un 10e titre depuis 2005.
Du ski au hockey…sur le tard!
Pourtant, Anaïs, qui se décrit comme une défenseuse à caractère offensif, n’a commencé à jouer au hockey organisé qu’à l’âge de 10 ans, relativement tard comparativement à la plupart des joueuses.
Chez les Leprohon, à Saint-Sauveur, c’est plutôt le ski qui occupait une place de choix.
« On habite à côté des pentes de ski, donc, la fin de semaine, c’était que du ski. On écoutait toutes les games du Canadien, les Jeux olympiques. On écoutait plus le hockey que le ski à la télé, mais on jouait juste au hockey sur notre patinoire dans notre cour, juste pour le fun. Il y avait une ligue à Saint-Sauveur, mais je jouais à l’attaque, à la défense, puis dans les nets. C’était pas structuré. Je jouais M13, M15, M18! Mais c’était le seul endroit où mes parents voulaient que je joue.
« Puis, à un moment donné, j’ai dit à mes parents que je voulais jouer au hockey. Au début, ils ne voulaient pas parce que mes deux sœurs ne jouaient pas au hockey. Ils ne voulaient pas séparer la famille. Mais j’ai tenu mon bout. Je suis allée en ligne m’inscrire, puis ça a commencé comme ça. »
Voyant à quel point leur fille était déterminée, ses parents ont fini par céder. Et dès son premier camp d’entraînement, les entraîneurs ont rapidement décelé chez elle un talent hors du commun.
« Ma mère est venue au camp de sélection avec moi, mais elle ne comprenait rien. Le coach a dû lui expliquer les catégories. Puis, finalement, il a parlé à mon père pour dire que je devrais être dans un niveau plus élevé, dans du AA. »
C’est donc avec les Montagnards de Sainte-Agathe-des-Monts, dans l’Atome AA, qu’elle fait ses débuts.
« Je ne savais pas à quelle position m’inscrire, alors je me suis mise à la défense. Le coach m’a essayée autant à l’attaque qu’à la défense, mais j’aimais beaucoup plus la défense parce que j’aime voir le jeu. J’ai tout le jeu en avant de moi, pis c’est ce que j’aime surtout de la défense. »
La LPHF dans sa mire
Huit ans plus tard, les encouragements de ses parents continuent de la pousser à se dépasser. Cet été, dans la LSHL, Anaïs partage d’ailleurs la glace pour la toute première fois avec des joueuses professionnelles comme Jade Downie-Landry, Catherine Dubois, Alexandra Labelle et Jessie Eldridge.
« Je suis chanceuse de vivre une expérience comme ça avec elles, d’apprendre comment elles vivent une vie professionnelle, de les voir jouer, la vitesse à laquelle elles patinent, c’est complètement malade! »
Anaïs représente l’un des plus beaux espoirs chez les Québécoises et à travers le pays. Et bien qu’il lui reste encore une saison dans les rangs collégiaux avant de faire le saut au niveau universitaire, où elle risque d’être fortement courtisée, la LPHF demeure son objectif ultime.
« Gagner un autre championnat avec Limoilou, ce serait très important pour moi. Mais sinon, vivre de ma passion, c’est sûr que ce serait cool! »
En attendant, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir cet été. Anaîs sera d’ailleurs en action ce soir.
Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, jusqu’au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com.
crédit photo: Steve Leprohon
