Amélie Poiré-Lehoux : sacrifier une saison pour mieux relancer sa carrière
Se blesser et manquer une saison complète n’est pas une situation évidente pour un ou une athlète. Se blesser, manquer une saison et voir son équipe remporter le championnat l’est encore moins.
C’est pourtant ce qu’a vécu la capitaine des Carabins de l’Université de Montréal, Amélie Poiré-Lehoux.
Retour en février 2025.
Alors qu’elle en est à sa quatrième année universitaire, Amélie se déchire le ligament croisé antérieur d’un genou, est opérée en mars et doit ainsi manquer le reste de la saison et les séries éliminatoires.
« Au début, je pensais que c’était une réhabilitation de six mois, explique Amélie. Ça m’aurait amené à commencer la prochaine saison. Alors je me disais que ça allait être correcte. Mais quand j’ai su que ce serait un plus long, ça a pris un peu de temps à digérer. »
C’est en septembre, pendant environ un mois, qu’Amélie recommence à patiner seule. Elle passe ensuite à une formule hybride : 45 minutes en solo et 15 minutes avec ses coéquipières. Arrive ensuite le mois de novembre, où une importante décision s’impose : terminer sa carrière universitaire avec une demi-saison ou faire une croix sur toute la saison, comme les règlements le permettent, afin de revenir pour une dernière campagne complète l’année suivante.
« Après avoir parlé avec les coachs, le staff médical, si je voulais continuer et avoir une carrière, que ce soit ici dans la LPHF ou en Europe, le mieux, c’était de prendre ma saison complète off, puis avoir une vraie dernière saison avec 24 matchs qui me permettraient de me montrer un peu. C’est donc vers ça que j’ai décidé d’aller. »
Une deuxième moitié différente
Au moment où Amélie prend sa décision, la saison des Carabins bat de l’aile. Concordia occupe le premier rang avec 24 points, devant Bishop’s (19) et les Carabins (12).
C’est alors que l’entraîneuse-cheffe Isabelle Leclaire décide d’entreprendre ce qu’elle décrira comme un deuxième camp d’entraînement au retour des Fêtes. L’équipe peut alors aussi compter sur les retours de Laurie-Ann Éthier et d’Audrey-Anne Veillette. Le tout donne un nouvel élan aux Carabins.
En deuxième moitié de saison, Concordia domine avec 20 points, suivie des Carabins avec 16 et des Gaiters avec 8, ce qui permet aux Carabins de terminer au deuxième rang.
Montréal élimine ensuite Bishop’s en demi-finale et assure ainsi sa place au championnat canadien. Même si les Carabins s’inclinent face à Concordia en deux matchs en finale du RSEQ, elles prennent leur revanche en défaisant les Stingers lors de la grande finale du championnat universitaire canadien.
Amélie doit donc regarder ses coéquipières remporter la médaille d’or tant convoitée depuis les lignes de côté.
« À partir de décembre, je pratiquais avec les filles, mais pas de contact, mentionne l’athlète de Plessisville. Puis, en revenant de Noël, c’est là que j’étais avec l’équipe à 100 %, je pratiquais normalement avec elles, mais je ne jouais juste pas les matchs. »
Même si elle ne joue pas, elle assiste à tous les matchs de son équipe et, à aucun moment, elle ne cesse de se sentir la capitaine du groupe.
« Il y a des moments où je sortais des vidéos des matchs, je donnais des conseils, mais rien de compliqué. Mais sinon, mon rôle de capitaine était revenu un peu au même durant la deuxième moitié de saison. Je suis une capitaine qui lead par l’exemple et c’était difficile à faire en première moitié de saison. Mais après les Fêtes, je suis redevenue la joueuse que j’étais. Et tout au long de ma réhabilitation, Isabelle et Marie-Ève (adjointe à Isabelle Leclaire) m’incluaient le plus possible. Même quand je ne pouvais pas être sur la glace dans les pratiques, j’avais des petites tâches ou des trucs dans l’organisation à faire. Je ne me suis vraiment pas sentie à part.»
Aucun regret
Lorsqu’Amélie prend sa décision, elle ne sait pas encore si les Carabins participeront au championnat canadien, encore moins qu’elles pourraient le remporter.
Mais lorsque cette possibilité devient bien réelle, les doutes quant à sa décision de ne pas revenir commencent à s’installer.
« Je dirais que sur le coup de l’émotion, rendu au championnat national, après le quart de finale, c’est là que j’y ai pensé. Mais je pense vraiment que c’était la meilleure décision à prendre. Je le pense depuis le début. Pour vrai, les filles ont vraiment été parfaites. Elles m’incluaient et me donnaient le rôle que j’avais, même si je n’étais pas sur la glace. À cause de ça, je pense que j’ai pleinement vécu ma saison. Je pense avoir vécu les nationaux autant que les filles. C’est sûr que ce n’est pas comme si j’avais été sur la glace, mais je ne peux pas regretter ce que j’ai décidé. »
Un fou match!
Lors du match pour la médaille d’or, son rôle consiste simplement à encourager ses coéquipières, ce qu’elle fait à pleins poumons.
« Je crois ne jamais avoir crié comme ça! C’était fou, c’était fou! Que ce soit les personnes qui jouaient ou les personnes qui ne jouaient pas, on était toutes là pour ce moment-là, puis on était toutes prêtes à faire ce qu’on devait faire pour gagner. Moi, je devais juste crier puis encourager mes coéquipières. Puis Isa, entre la deux et la trois, juste avant d’aller derrière le banc, m’a dit : “OK, Amélie, on se revoit sur la ligne bleue après la troisième avec une médaille d’or!” J’étais comme ouais! Ouais Isa! Mais à ce moment-là, c’était 2-2! Et c’est quand même ça qui est arrivé. C’est fou! »
Amélie disputera donc sa dernière saison universitaire au sein d’une équipe qui tentera de défendre avec succès son titre de championne canadienne.
« Ce serait mentir de dire qu’il n’y a pas une pression qui s’ajoute en gagnant un championnat canadien. Mais ça va être un beau défi. Pour ma saison en tant que telle, je pense que je dois juste y aller un match à la fois au début. Je vais devoir reprendre le niveau de jeu, reprendre la vitesse du jeu aussi. Même si j’ai fait beaucoup de pratiques, une vraie game n’est pas quelque chose qu’on peut pratiquer. »
Pas encore la fin
Après cette dernière saison avec les Carabins, Amélie, 25 ans, compte se rendre admissible au repêchage de la LPHF. Si le hockey professionnel en Amérique du Nord ne se concrétise pas, l’Europe représentera alors une autre avenue.
« Je ne commence pas la saison dans l’optique que c’est ma dernière année de hockey. C’est ma dernière année aux Carabins, mais après ça, je vise une carrière, en tout cas, optimalement quelques saisons, dans une équipe professionnelle. »
En attendant, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir cet été. Sena sera d’ailleurs en action ce soir.
Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, jusqu’au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com.
crédit photo: Instagram Amélie Poiré-Lehoux
