Sena Catterall : du baseball à la LPHF
Pendant longtemps, au Québec, les jeunes jouaient au hockey l’hiver et au baseball l’été. C’était vrai il y a près de 100 ans, et ça l’était encore dans les années 1980 et 1990.
On rangeait les patins en avril, puis on sortait la mitaine et les souliers à crampons jusqu’en septembre.
Cette tradition s’est toutefois un peu perdue au fil des dernières années, notamment avec la multiplication des camps de perfectionnement de hockey offerts tout au long de l’été.
Mais pas pour tout le monde.
Première Québécoise choisie au plus récent repêchage de la LPHF, Sena Catterall a longtemps suivi ce même parcours : le hockey l’hiver, le baseball l’été.
En fait, cet été sera son premier sans baseball, un véritable deuil pour l’athlète de 24 ans.
« C’est triste, avoue Sena. Je joue avec certaines de ces filles depuis près de dix ans et je ne pourrai plus être leur coéquipière. Heureusement, je continue d’en voir quelques-unes à l’occasion, donc nos amitiés vont demeurer. Mais c’est certain que le baseball et le fait d’être sur le terrain vont beaucoup me manquer. »
Il s’agit toutefois d’une décision qu’elle a longuement mûrie avec son agent.
« C’est une décision que mon agent et moi avons prise ensemble. On voulait montrer aux équipes que, cette année, toute mon attention était tournée vers le hockey, non seulement pour être repêchée, mais aussi pour me tailler une place dans une équipe. Je voulais vraiment consacrer mon été à l’entraînement, passer plus de temps sur la glace et éviter tout risque de blessure.
« Avec le recul, je pense que c’était la bonne décision, surtout en raison des déplacements. J’aurais joué dans la ligue féminine du Québec, qui compte quatre équipes, avec plusieurs matchs à Trois-Rivières, Québec et Rimouski. Ça représentait beaucoup de voyagement. L’an dernier, j’étais sur la route environ trois fois par semaine, ce qui m’a fait manquer quelques entraînements de hockey. »
Catterall a commencé à jouer au baseball vers l’âge de huit ans, après avoir délaissé le soccer. Le coup de foudre a été instantané.
« Je trouve que le baseball est un sport très stratégique et c’est ce qui me plaît. L’aspect mental est vraiment important. Il faut toujours rester concentrée, être consciente de la situation de match, savoir le compte, le nombre de retraits. Il faut constamment réfléchir et être prête. C’est cette stimulation mentale que j’aime autant dans ce sport. »
Une carrière au baseball couronnée de succès
Originaire de Pierrefonds, Catterall, qui évoluait au champ centre, a connu beaucoup de succès au baseball, particulièrement au cours des dernières années.
En 2023, elle a reçu le prix Ashley Stephenson, remis à une joueuse de l’équipe nationale féminine en reconnaissance de ses performances sur le terrain, de son esprit d’équipe et de son leadership.
Tout comme Sena, Stephenson, première femme intronisée au Temple de la renommée du baseball canadien, a également joué au hockey. Elle a notamment évolué dans la NWHL et la CWHL aux côtés de Jennifer Botterill, Cheryl Pounder, Sami Jo Small et Brianne Jenner.
Catterall est devenue seulement la deuxième Québécoise à recevoir cet honneur.
Puis, l’année suivante, elle a été nommée joueuse par excellence de l’équipe nationale senior du Canada, principalement grâce à ses performances au Championnat du monde disputé à Thunder Bay, en Ontario.
« J’avais environ 10 ans quand j’ai commencé à jouer pour le Lac-Saint-Louis, dans les championnats régionaux et provinciaux. À cette époque, je ne savais même pas qu’Équipe Québec existait. Ce n’est qu’autour de mes 15 ans que j’ai intégré Équipe Québec. J’ai participé au Championnat canadien des moins de 16 ans pendant deux ans, avant de passer au niveau senior et de disputer ces championnats. Puis, à 19 ans, j’ai été sélectionnée pour Équipe Canada pour la première fois. »
En plus de réussir plusieurs attrapés spectaculaires, elle a maintenu une moyenne au bâton de ,500, tout en dominant le tournoi avec huit points marqués et six buts volés. Elle a aussi été nommée meilleure joueuse défensive du championnat et a mérité une place sur l’équipe d’étoiles, l’une des trois seules Canadiennes à y être sélectionnées. Le Canada a finalement remporté la médaille de bronze.
Malgré ce parcours impressionnant, les possibilités de gagner sa vie en jouant au baseball demeurent limitées.
La première ligue professionnelle de baseball féminin en plus de 25 ans, la WPBL, amorcera ses activités en août avec seulement quatre équipes.
Le baseball continuera néanmoins d’avoir une influence sur sa carrière de hockeyeuse.
« Je dirais surtout l’aspect mental du jeu. C’est quelque chose que j’ai beaucoup appris au baseball, autant en jouant qu’en écoutant mes entraîneurs. Il y a tellement plus que simplement frapper la balle, courir ou l’attraper. Chaque fois que tu embarques sur le terrain, tu continues d’apprendre quelque chose. J’ai amené cette mentalité-là au hockey : il y a toujours quelque chose à apprendre, que ce soit une nouvelle habileté, un jeu ou un système. Ça m’a beaucoup aidée à développer mon QI hockey. Le baseball m’a aussi aidée sur le plan athlétique : courir, plonger pour attraper des balles, sprinter vers les buts, lire le bon moment pour voler un but ou suivre la trajectoire d’une balle dans les airs. Tout ça a vraiment contribué à mon développement comme athlète. »
Clarkson, le véritable déclic
Repêchée au 51e rang par Manon Rhéaume et l’équipe de Détroit, Sena aura maintenant l’occasion de se faire valoir avec l’une des quatre nouvelles équipes de la LPHF.
Membre de la première équipe d’étoiles du RSEQ en 2022, elle a également remporté le championnat collégial avec le Collège John Abbott, où elle a notamment évolué aux côtés d’une autre Québécoise repêchée le mois dernier, Naomi Boucher. Malgré l’intérêt de toutes les universités québécoises, elle a ensuite choisi de poursuivre sa carrière à l’Université Clarkson, où elle a complété un baccalauréat en génie chimique en trois ans, pour ensuite entreprendre une maîtrise en administration des affaires (MBA) lors de sa dernière année d’université.
Après une première saison de 10 points en 42 matchs, Catterall a commencé à révéler son potentiel offensif avec une récolte de 14 buts en 36 rencontres à sa deuxième année. Elle a ensuite enchaîné deux saisons de près d’un point par match, avec 37 points en 40 matchs, puis 33 en 35 la saison dernière. Au cours de ces trois campagnes, elle a également inscrit 50 buts en 111 rencontres.
Elle attribue une bonne partie de cette progression à son entraîneur, Matt Desrosiers, qui dirige le programme de Clarkson depuis 2008.
« Il m’a vraiment permis d’occuper des rôles qui correspondaient à mes forces. À ma première année, j’étais encore en train de trouver mon identité comme joueuse et d’apprendre le jeu. Il m’a confié un rôle plus défensif, au sein d’un trio chargé de neutraliser les meilleures joueuses adverses. Ça m’a permis de comprendre toute l’importance d’un tel rôle : affronter les meilleurs éléments de l’autre équipe pour permettre à notre premier trio d’avoir des matchs plus favorables offensivement.
« Par la suite, il m’a accordé beaucoup de confiance, et je lui en suis très reconnaissante. Je pense qu’il voyait les efforts que je mettais chaque jour et savait que, peu importe le rôle qu’il me confiait, j’allais tout faire pour l’accomplir. Il m’a jumelée à des joueuses talentueuses et je savais que mon travail était de mettre de la pression en échec avant, de récupérer les rondelles. En avantage numérique, il me demandait simplement de rester devant le filet. Il me disait : “Sen, voici ton rôle, c’est ce que j’attends de toi.” Et moi, je répondais : “Parfait.” J’ai toujours essayé de remplir ce rôle du mieux que je pouvais. »
La saison dernière, elle a d’ailleurs été nommée capitaine de son équipe.
« Ç’a été un défi, surtout avec l’équipe qu’on avait l’an dernier. On comptait 11 recrues de première année et six joueuses transférées, donc c’était pratiquement une toute nouvelle équipe. Une bonne partie de notre travail consistait à s’assurer que les nouvelles comprenaient les standards de Clarkson et qu’elles les respectaient.
« Pour ma part, j’ai surtout essayé de montrer l’exemple. Je voulais que les autres voient la façon dont je m’entraînais et se disent : “Si notre capitaine fait les choses comme ça, je vais faire pareil.”
« Cette saison m’a énormément appris sur le leadership. J’ai compris que chaque joueuse est différente et que tout le monde n’a pas besoin du même type de soutien. J’ai appris à mieux communiquer avec différentes personnalités et à adapter mon approche selon les besoins de chacune, ce qui m’a aussi permis de voir l’équipe sous un autre angle. »
Le rêve de la LPHF
Quelques mois après la fin de sa dernière saison universitaire, elle a finalement entendu son nom être prononcé au début de la cinquième ronde du repêchage de la LPHF.
« Dès que la ligue a été annoncée, mon objectif était d’être repêchée et de me tailler une place dans une équipe. Que je produise beaucoup de points ou non, cet objectif est toujours resté dans un coin de ma tête. Je m’assurais donc de travailler fort à chaque entraînement, de participer à des séances de perfectionnement supplémentaires et de tout faire pour mettre toutes les chances de mon côté afin d’atteindre ce but. »
Partisan du Canadien de Montréal, son père, Chris, a lui-même pratiqué ce sport dans sa jeunesse, tout comme ses deux sœurs.
« C’est surtout du côté de mon père que vient le hockey. Ses deux sœurs ont joué au niveau universitaire : l’une à Queen’s et l’autre à Waterloo. Ma mère, elle, n’a jamais joué au hockey. Elle est arrivée à Montréal du Portugal quand elle était jeune. Elle a surtout pratiqué le soccer et d’autres sports, mais le hockey n’a jamais vraiment fait partie de son parcours. »
Son père était d’ailleurs à ses côtés à Détroit lorsqu’elle a été repêchée.
« C’était vraiment un moment spécial. J’aurais aimé que ma mère soit là, mais elle est avocate et elle avait une comparution prévue cette semaine-là, alors elle ne pouvait pas être présente. Heureusement, mon père était avec moi et, je pense que pour lui comme pour moi, c’était un moment où la boucle se bouclait. Il était très ému et ça m’a fait chaud au cœur de vivre cette expérience à ses côtés. Je pouvais sentir à quel point il était fier de moi.
« Dans un contexte aussi stressant et rempli d’attente, c’était rassurant d’avoir quelqu’un près de moi pour me rappeler que tout allait bien aller, peu importe l’équipe qui allait me repêcher. Il me répétait qu’ils seraient toujours fiers de moi, qu’ils allaient toujours me soutenir, peu importe ce qui arriverait. Ça représentait énormément pour moi.
« Même si ma mère n’était pas sur place, je sentais tout autant son soutien. Elle m’écrivait tout au long du repêchage, elle suivait chaque instant à distance et vivait, elle aussi, toute cette attente. Savoir que, quoi qu’il arrive ce soir-là, elle serait toujours aussi fière de moi et continuerait de m’appuyer, c’était tout ce que je pouvais souhaiter de la part de mes parents. »
En attendant ses débuts dans la LPHF, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir cet été. Sena sera d’ailleurs en action ce soir.
Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, du 6 juillet au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com.
crédit photo: Instagram Sena Catterall / jeanfruthimages
