La fin de semaine d’Audrey-Anne Veillette et de Jessymaude Drapeau
Alors que le réseau universitaire reprenait ses activités ce week-end après plus d’un mois d’arrêt, le retour d’Audrey-Anne Veillette et les cinq points de Jessymaude Drapeau ont certes fait le plus jaser. Voici le résumé de cette huitième semaine d’activités dans le RSEQ.
L’histoire d’Audrey-Anne Veillette a souvent été racontée.
Après avoir joué deux saisons avec les Carabins, marquant 26 buts en 22 matchs à sa deuxième année, elle a signé un contrat avec la Force de Montréal dans la PHF au printemps 2023. Quelques semaines plus tard, la ligue était achetée et ultimement fermée, faisant place à la LPHF. Veillette s’est blessée durant l’été, mais a quand même été repêchée par Ottawa. Après une saison sans jouer, elle a participé au camp d’entraînement de l’équipe à l’automne 2024, a été coupée et est allée jouer en Suède. L’automne dernier, elle a participé au camp d’entraînement de la Victoire, mais a aussi été retranchée.
À la croisée des chemins et voulant trouver une façon de se faire remarquer alors que la rumeur veut que quatre nouvelles équipes se joignent à la LPHF la saison prochaine, ses options étaient limitées.
L’Europe n’était pas une expérience qu’elle souhaitait répéter, même si c’est ce que l’entraîneuse-cheffe des Carabins, Isabelle Leclaire, lui avait conseillé.
« Ça ne m’a jamais traversé l’esprit qu’elle reviendrait jouer universitaire, me disait Leclaire, dimanche, après le match qui opposait les Carabins aux Gaiters. Elle a parlé à Éric Bouchard et elle lui a dit qu’elle n’avait pas été heureuse en Suède. Éric m’a dit qu’elle aurait peut-être une ouverture à revenir, alors j’ai texté Audrey-Anne pour lui dire que la porte était ouverte parce qu’on avait des blessées. »
Cette conversation s’est déroulée dans les jours qui ont suivi le 18 novembre, date à laquelle Veillette a reçu la nouvelle qu’elle avait été coupée par la Victoire.
Chez les Carabins, Wikona Laloche venait de passer des radiographies confirmant une fracture du poignet, Laurie-Anne Éthier était blessée depuis le premier match de la saison et la capitaine Amélie Poiré-Lehoux, qui n’avait toujours pas joué cette saison, venait de confirmer à sa coach qu’elle ne reviendra pas au jeu, sauvant ainsi une année d’éligibilité.
Les astres étaient alignés pour un retour avec les Carabins.
Dans les faits, Veillette n’a jamais vraiment quitté les Carabins. Elle a toujours été dans l’entourage de l’équipe. Elle pratiquait avec l’équipe question de se remettre en forme durant sa remise en forme ou pour garder celle-ci par la suite.
« Audrey-Anne m’a demandé si je la reprendrais. Je voulais parler aux leaders de l’équipe avant et la réponse a été que c’était une Carabin, qu’elle n’arrivait pas de n’importe où et que tout le monde serait content de l’accueillir, même celles qui pourraient écoper de sa présence », explique Leclaire.
Aucune règle en hockey féminin
Au niveau des règlements du U Sports, rien n’empêchait son retour.
Du côté masculin, un ancien joueur professionnel n’a plus à attendre 365 jours avant de se joindre à une équipe, alors que si sa participation professionnelle survient avant le 15 août de l’année où le joueur a 22 ans, elle ne compte plus pour son éligibilité.
Du côté féminin, la règle est claire : il n’y en a pas!
Contrairement au hockey masculin, les règles du U Sports indiquent « qu’il n’y a pas de restrictions imposées pour une participation externe » pour le hockey sur glace féminin, en autant, bien entendu, que la joueuse s’inscrive à des cours et qu’il lui reste des années d’éligibilité.
Est-ce que ça changera maintenant qu’il y a une ligue professionnelle digne de ce nom et que le cas de Veillette fait les manchettes? Je ne serais pas surpris.
Déjà une chimie
Avec les Carabins, Veillette retrouve d’anciennes coéquipières telles que Jade Picard, Audrey Gervais et Chloé Duchesneau. Mais pour la plupart, elles n’ont jamais joué avec elle, ce qui est le cas de ses deux comparses de trio, Catherine Proulx et Juliette Rolland.
« On avait un bon feeling pour Catherine, Juliette et Audrey-Anne et à date ça clique vraiment bien entre les trois, » confirme Coach Leclaire.
En effet.
À son premier match régulier vendredi dernier contre Bishop’s, Veillette n’a pas attendu longtemps. Dès la 12e minute de jeu, elle a inscrit son premier but, reprenant là où elle avait laissé il y a presque trois ans. Son dernier but en saison régulière dans le RSEQ remontait au 17 février 2023 contre McGill. Veillette a complété le match avec un but et une aide.
Le surlendemain, devant plusieurs personnes venues l’encourager pour son retour au CEPSUM de l’Université de Montréal, elle a marqué un autre but, sur une aide de Proulx et Rolland. Sur le jeu, Rolland aurait facilement pu prendre le lancer, mais elle a préféré passer la rondelle à Veillette, qui a déjoué Laurence Boivin de belle façon.
« Quand j’ai su qu’elle revenait, je voulais jouer avec, a raconté Juliette Rolland après le match. Catherine Proulx et moi on a joué souvent ensemble cette saison et on a essayé beaucoup de choses, mais dès qu’Audrey-Anne est arrivée, ça a cliqué. On a des styles qui sont très complémentaires. Catherine a une très bonne vision du jeu, moi je vais la chercher et Audrey-Anne la met dedans. On n’est pas stressées quand on lui met sur la palette! »
Pour ce qui est de la chambre et de la réception que celle-ci a eue face au retour de l’attaquante, la réponse de Rolland fait écho aux propos de Leclaire à ce sujet.
« C’est sûr que c’est une personne qui prend déjà un gros rôle, mais on veut tellement gagner et c’est une joueuse qui a un gros impact, avec une bonne attitude, qui aide beaucoup. Alors c’est une joueuse qui peut aider dans plein de situations. »
Travailler pour retourner dans la LPHF
Il faut cependant être honnête.
L’objectif de Veillette ici est de retourner chez les professionnelles. Il faut donc qu’elle soit préparée en conséquence et c’est une chose qu’Isabelle Leclaire est très consciente.
« On doit voir une Audrey-Anne explosive, agressive, rapide, en transition offensive et défensive. Souvent c’est une question de temps de réaction. Elle va revenir défensivement, mais il y a une petite seconde avant qu’elle parte. Faut qu’elle parte plus vite. Il faut qu’on sente qu’elle est rapide et explosive. Oui, on veut voir son offensive au niveau universitaire, mais ce n’est pas ça qui va la faire passer au prochain niveau. Il faut qu’elle soit hyper efficace défensivement, qu’elle soit très bonne le long des rampes, sortir la rondelle de la zone, des choses de quatrième ligne de la LPHF et non pas des affaires de premier trio universitaire. Elle a souvent été en évaluation dans les dernières années et là elle doit être plus instinctive. C’est ça qu’on a discuté ensemble. »
Pour sa part, Veillette a retrouvé le goût de jouer au hockey.
« Je pense que je veux juste travailler fort et avoir du plaisir. Les trois dernières années ont été stressantes, ce n’était pas le meilleur hockey que je voulais jouer. J’avais perdu un peu le fun de jouer. On joue une game, on sort de la glace, on a un sourire quand on embarque. C’est comme ça que je veux avoir du fun. Il arrivera ce qu’il arrivera après, mais pour l’instant, c’est ça que je veux. »
C’est aussi une Veillette 2.0 que Leclaire voit après trois années.
« Elle s’est améliorée défensivement. Elle est plus agressive. Et elle doit s’ajuster parce qu’elle a travaillé avec les mises en échec dans les dernières saisons, alors elle doit modérer l’approche au porteur de la rondelle, mais pas trop! »
Le retour de Veillette fait jaser à travers la ligue et c’est normal. Après tout, elle avait été choisie sur la première équipe d’étoiles du RSEQ et du U Sports, en plus d’être nommée joueuse par excellence au Québec en 2023.
Ce n’était donc pas surprenant d’entendre l’entraîneuse-cheffe de Bishop’s, Alexandra Boulanger, qui a joué contre Veillette de 2021 à 2023, avoir de bons mots à dire.
« Je pense qu’au début, c’était surprenant parce qu’on ne savait pas que tu avais le droit après avoir joué pro. C’est le fun, tant mieux pour elle. Je trouve ça juste positif pour elle parce que c’est une bonne personne, une bonne athlète et pour son développement, c’est important. Pour le RSEQ, ça ajoute justement une autre joueuse très talentueuse qu’il va falloir surveiller. »
En fin de compte, les Carabins ont joué de chance.
Laloche n’avait pas le poignet fracturé finalement. Elle a obtenu deux points en fin de semaine. Et comme une bonne nouvelle n’arrive jamais seule, Éthier est revenue au jeu vendredi, y allant d’une passe à son premier match en trois mois.
Résultat?
Les Carabins ont remporté leurs deux matchs face aux Gaiters, 4 à 1 vendredi et 3 à 0 dimanche. La gardienne Maude Desroches a été fantastique devant le filet des Carabins et j’y reviendrai d’ailleurs la semaine prochaine.
Avec le retour des blessées et l’ajout de Veillette, les Carabins seront certes à surveiller dans cette deuxième moitié de saison.
Rien de sérieux pour Daphné Boutin
Les Gaiters avaient une absente de taille la fin de semaine dernière alors que leur meilleure défenseuse, Daphné Boutin, était blessée à la main droite.
Selon ce que Boulanger m’a raconté, la blessure est survenue pendant le match d’exhibition contre Équipe Italie, qui a été très physique. Boutin a terminé le match, a même pratiqué, mais pour faire sur, des radiographies ont été prises et les médecins ont décidé d’immobiliser la main.
Toutefois, Boulanger se fait rassurante.
« On a eu les résultats de la première radiographie et tout a l’air beau. Ça devrait être correct. C’est une joueuse vraiment importante, donc on ne voulait pas non plus courir de risque cette fin de semaine. »
Boutin est présentement troisième chez les meilleures pointeuses parmi les défenseuses du RSEQ avec neuf points en 13 matchs.
Gros week-end pour Drapeau
C’est la dernière saison universitaire et l’année de repêchage de Jessymaude Drapeau et elle le sait que trop bien. Depuis le début de la saison, la capitaine des Stingers est tout simplement dominante et elle l’a encore prouvé cette fin de semaine.
Non seulement a-t-elle obtenu deux points vendredi soir dans la victoire de son équipe 4 à 1 face à McGill, mais elle a aussi marqué le but vainqueur dimanche, en deuxième prolongation, permettant à Concordia de remporter le match 3 à 2 et ainsi d’éviter ce qui aurait été un surprenant revers.
Avec ses cinq points, elle accentue son avance au sommet du classement des meilleures pointeuses du RSEQ avec 15 buts et 23 points. Sa moyenne de 1.53 point par match est la meilleure de tout le U Sports.
Elle n’a pas été la seule à connaître un gros week-end du côté des Stingers. Émilie Lussier a obtenu quatre points et Zoé Thibault, trois.
Chez les Martlets, la gardienne de but Jade Rivard-Coulombe a été fort occupée avec 65 lancers dirigés vers elle en deux matchs.
Les Carabins se rapprochent
Les Stingers mènent toujours au classement avec 28 points. Au deuxième rang on retrouve les Gaiters avec 19 points, seulement trois de plus que les Carabins. McGill ferme la marche avec huit points.
Vendredi prochain, McGill accueillera Montréal et Concordia sera l’hôte pour la visite de Bishop’s, alors que dimanche Montréal jouera au CEPSUM face à McGill et les Gaiters affronteront les Stingers à Sherbrooke.
crédit photo: Instagram des Carabins
