Ligue à bout de souffle : une première saison réussie pour le hockey féminin en Estrie
Les ligues estivales féminines gagnent en popularité partout au Québec.
À Montréal, la LSHL de Zach Fucale et Olivier Gervais est sans doute la plus connue, notamment en raison de la présence, au fil des ans, de joueuses comme Marie-Philip Poulin, Laura Stacey, Ann-Renée Desbiens, ainsi que de plusieurs athlètes de la LPHF.
À Québec, la ligue Optimum offre aux joueuses universitaires et collégiales l’occasion de poursuivre leur développement durant la saison estivale. On y retrouve notamment Alexia Aubin, Rosalie Breton et Ericka Gagnon, en plus de plusieurs joueuses qui porteront les couleurs du Rouge et Or de l’Université Laval cet automne, alors que le programme effectuera son retour dans le RSEQ.
En dehors de ces grands centres, les occasions de jouer étaient toutefois beaucoup plus limitées. C’est dans ce contexte qu’est né cette année le volet féminin de la Ligue à bout de souffle (LBS). Son nom fait d’ailleurs référence à son concept distinctif : le jeu ne s’arrête jamais, même après un but.
« Officiellement, c’est notre troisième saison. L’an dernier, ça a été notre premier gros step avec quatre divisions (M14, M18, universitaires/amateurs et pros) et quatre équipes par division. Cette année, on a fait le déménagement à l’Université Bishop’s, puis on a de plus en plus de joueurs qui veulent jouer dans notre ligue, autant chez les plus jeunes que chez les professionnels. On a même des joueurs qui descendent de Montréal, de Drummondville, de la Rive-Sud et de la Rive-Nord chaque semaine. Le concept est assez simple : le jeu est toujours en continu. Avec la division féminine cette année, on a deux équipes, mais dès l’an prochain, on aimerait ça aller à quatre. On savait que ça allait marcher et que les filles allaient adorer ça », me dit l’un des actionnaires, Alex-Olivier Voyer, lors d’un entretien téléphonique.
Originaire de Sherbrooke, Voyer a évolué dans la LHJMQ avant de faire le saut chez les professionnels. Il a notamment porté les couleurs du Rocket de Laval et des Lions de Trois-Rivières. Il poursuit maintenant sa carrière en Allemagne.
Il est actionnaire de la LBS aux côtés de Nicolas Guay, champion de la Coupe Kelly avec les Lions de Trois-Rivières et qui évolue maintenant en Irlande, de Thomas Grégoire, qui joue dans la KHL, de Mathieu Tousignant, qui poursuit également sa carrière en Allemagne, ainsi que d’Alex D’Orio, qui a récemment pris sa retraite.
La sœur jalouse!
Après deux saisons avec seulement des divisions masculines, certaines joueuses de la région ont levé la main afin d’avoir un volet destiné à elles.
« C’était sûrement moi, » avoue en riant Alexie Guay lorsque je l’ai rencontrée la semaine dernière, lors de la dernière semaine d’activités de la ligue. Sœur de Nicolas, elle a joué en Suède tout en décrochant des contrats de réserviste avec Ottawa et New York dans la LPHF.
« C’était sûrement la petite jalouse à la maison qui ne pouvait pas jouer, continue-t-elle. Les autres années, je voyais mes frères Nicolas et Patrick partir jouer et je me disais tout le temps que ça serait cool si les filles pouvaient avoir la même chose. Je suis vraiment contente qu’ils aient pu nous inclure dans ça aussi. »
Pour recruter les joueuses de cette première saison, les propriétaires ont notamment fait appel à des hockeyeuses de l’Estrie, dont Alexie Guay et Tricia Deguire, ancienne gardienne de la Force de Montréal et de la Victoire de Montréal.
« À l’époque, pour faire une équipe de 11 joueuses, ça prenait la ville de Sherbrooke, plus Drummondville, Granby et des filles de Montréal. Maintenant, de pouvoir compter sur des filles de Bishop’s qui restent ici durant l’été, on est capable d’avoir une ligue féminine », explique Deguire, qui agit comme l’une des deux capitaines de l’équipe aux côtés d’Alexie Guay.
Pour Gabrielle Santerre, joueuse étoile des Gaiters de Bishop’s, il s’agit d’une belle occasion de jouer à un niveau relevé tout près de chez elle durant l’été.
« Je pense que le concept aussi d’À bout de souffle est vraiment intéressant, justement, pour la game shape. Tu peux t’entraîner tout l’été, dans le gym, travailler fort, faite des courses, mais il n’y a rien comme le cardio d’une game ou d’une pratique de hockey. Puis la proximité aussi, pour les filles en Estrie, il n’y avait rien pour les filles de haut niveau. On devait tout le temps voyager, donc là, je pense que c’est le fun qu’enfin, on ait quelque chose de proche et qu’on puisse venir toutes les semaines jouer et avoir du fun ensemble. »
La coéquipière de Santerre chez les Gaiters et l’une des meilleures recrues du RSEQ la saison dernière, Sandrine Chouinard, abonde dans le même sens.
« Ça nous permet d’élargir nos horizons un peu, parce que la ligue est allée chercher des joueuses NCAA, U Sports, puis il y a même quelques filles qui ont joué en Europe et qui ont eu des contrats dans la LPHF. Ça nous permet de toucher un peu à tout. Ça nous permet de performer contre des filles de plus haut niveau et de différentes catégories. »
Des joueuses de partout
Parmi les joueuses qui ont participé à cette première saison, plusieurs évoluent avec les Gaiters de Bishop’s. En plus de Gabrielle Santerre et de Sandrine Chouinard, on y retrouvait notamment Rosalie Bouchard, Naomi Côté, Camille Marier-Bonhomme et la gardienne Laurence Boivin.
La ligue comptait également sur la présence de Maude Poulin-Labelle, qui a disputé une saison avec Toronto dans la LPHF avant de poursuivre sa carrière en Europe.
Quelques joueuses de la NCAA étaient aussi de la partie, dont Georgia Bailey (RPI), Maélie Pion (St. Cloud State) et Maxim Tremblay (Boston College).
« Il y a des filles de partout contre qui tu ne joues pas pendant l’année. Alors ça te donne une opportunité de jouer contre des filles pros, des filles U Sports. Je trouve ça le fun puis ça te met en shape! » explique Pion.
Même son de cloche du côté de Maxim Tremblay.
« Comme on se disait les filles ensemble quand ça allait partir, on trouve ça le fun d’avoir de la motivation pendant l’été parce que c’est bien beau pratiquer, mais on a tout le temps envie de jouer une game pendant l’été. Ça fait en sorte qu’il y a de la compétition entre nous, mais aussi c’est une belle gang et on s’entend bien. Il n’y a rien qui prépare plus à une saison qu’une game de hockey. »
Une affaire de famille
En plus de la famille Guay, représentée par Alexie, Nicolas et Patrick, le frère de Thomas Grégoire, Jérémy, évolue lui aussi dans la ligue, tandis que le frère d’Alex-Olivier Voyer, Félix-Antoine, a arbitré tous les matchs du volet féminin cet été. Arbitre dans la Ligue américaine de hockey, il suit les traces de son père, Luc, qui a officié pendant 30 ans dans la LHJMQ. La LBS, c’est vraiment une affaire de famille!
Les sœurs Tremblay font également partie de l’aventure.
Après avoir fait ses débuts dans la NCAA la saison dernière, Maxim sera rejointe cet automne par sa sœur Rosalie. Cette dernière franchira à son tour les rangs universitaires en se joignant aux Badgers du Wisconsin.
Capitaine d’Équipe Québec, médaillée d’or aux plus récents Championnats canadiens des moins de 18 ans, Rosalie amorcera donc sa carrière universitaire avec l’une des puissances du hockey féminin.
Malheureusement, les deux sœurs n’ont pas eu l’occasion de jouer ensemble au cours des dernières semaines.
« On était dans deux équipes différentes, donc on n’a pas pu jouer ensemble, explique Maxim. Mais c’est sûr que ça aurait été le fun. On pratique ensemble l’été, donc c’est tout le temps le fun de retrouver notre chimie. »
Stanstead, un passage marquant
Pour plusieurs de ces joueuses, ce retour en Estrie avait aussi une saveur particulière. À moins de 50 km de l’aréna Jane & Eric Molson, où se disputent les matchs de la LBS, se trouve le Collège Stanstead, l’un des prep schools les plus réputés en Amérique du Nord, qui a contribué au développement de nombreuses Québécoises au cours des deux dernières décennies.
Rosalie et Maxim Tremblay, Maude Poulin-Labelle, Alexie Guay, Georgia Bailey, Rosalie Bouchard et Maélie Pion y sont toutes passées avant de poursuivre leur parcours vers le hockey universitaire.
« C’est important parce que ça fait quelques années que dans la région, il y a quand même plusieurs joueuses qui se démarquent, qui sont bonnes, qui cherchent des endroits où pratiquer à un haut niveau, explique Marie-Camille Théorêt, une ancienne des Gaiters, devenue entraineuse adjointe avec Bishop’s et qui a relacé ses patins de joueuses cet été. Ça donne un point central ici à Bishop’s. On a de belles installations. On a le programme des enfants, les plus jeunes, après ça, le collégial avec les Cougars de Champlain-Lennoxville, le niveau universitaire avec Bishop’s, Stanstead qui n’est pas loin. Il y a vraiment un bon réseau de filles qui sont proches. C’est super important pour que les filles puissent jouer à un haut niveau l’été et garder de hauts standards. »
Un concept inspiré de l’Europe
On essaie de faire les choses différemment dans la LBS. Dans le volet féminin, on y joue trois périodes de 14 minutes à temps continu, sauf pour la dernière minute. Et bien qu’il s’agisse d’une ligue estivale disputée sur huit semaines, les matchs se jouent à cinq contre cinq.
« C’est gratuit pour tout le monde, ajoute Alex-Olivier Voyer. On essaie de faire une petite animation. Pendant les games, on a de la musique, on a un DJ sur la terrasse aussi, on a un chandail pour le meilleur marqueur et la meilleure marqueuse, donc il y a quelques petites choses qu’on ajoute chaque année et qui nous rendent différents des autres. »
Ce concept du chandail de la meilleure marqueuse et du meilleur marqueur est d’ailleurs directement inspiré de l’expérience européenne des actionnaires de la ligue.
Remis chaque match à la joueuse qui domine le classement des buteuses de son équipe, ces chandails étaient portés par Gabrielle Santerre et Laurence Lafleur lors de ma visite.
Membre de la première équipe d’étoiles du RSEQ collégial avec Champlain–Lennoxville la saison dernière, Lafleur fera partie des recrues à surveiller avec les Gaiters de Bishop’s la saison prochaine.
Une première saison qui donne le ton
Au terme de cette première saison du volet féminin de la LBS, Alexie Guay ne cache pas sa satisfaction.
« Ça a été vraiment le fun! C’est une belle ligue et on est vraiment contentes. Comme première saison, tout le monde a vraiment trippé. Oui c’est du hockey d’été, mais les filles se sont données et c’était vraiment compétitif. C’est sûr que ça va continuer pour les autres années et on espère pouvoir apporter plus de joueuses de la région. Peut-être un jour faire quatre ou cinq équipes et trouver un format qui marche. »
photo principale: Tricia Deguire, Alexie Guay, Maxim Tremblay, Sandrine Chouinard
