Les Carabins causent la surprise

« On ne les aime pas. Elles ne nous aiment pas. On s’encourage mutuellement en quarts de finale et en demi-finale, mais en finale, on veut gagner. On est fières d’avoir une finale toute québécoise. C’est la finale qu’on voulait, la finale de la rédemption. »

Ces mots sont ceux d’Ann-Sophie Bédard lors du deuxième entracte de la finale du championnat entre les Carabins de l’Université de Montréal, dont fait partie Bédard, et les Stingers de Concordia.

Bédard venait de marquer un but très important.

En effet, après qu’Audrey-Anne Veillette ait ouvert la marque après seulement 13 secondes, Concordia a répliqué avec deux buts alors qu’il restait un peu plus d’une minute à jouer en première période. Audrey Clavette et Émilie Lavoie ont permis à leur équipe de retourner au vestiaire avec une avance d’un but. Le but de Bédard en deuxième venait donc niveler la marque.

Les deux équipes étaient de retour à la case départ en troisième période.

Ce qu’il faut savoir c’est qu’avant cette finale, les Carabins avaient perdu leurs 10 matchs cette saison face à leurs rivales. Huit en saison régulière. Deux en finale du RSEQ.

Les Carabins étaient donc les négligées.

Pourtant, classées bonnes dernières au huitième rang, elles avaient trouvé le moyen de battre les favorites du tournoi en première ronde, UBC, puis les quatrièmes favorites, UNB, en demi-finale.

« Lors du premier match de la finale du RSEQ, malgré la marque finale de 5 à 3, on avait joué à 6 contre 5 lors des cinq dernières minutes et on avait eu plusieurs chances de marquer, m’a raconté l’entraîneuse-cheffe des Carabins, Isabelle Leclaire, sur le chemin du retour lundi midi. On n’avait accordé aucun but durant cette séquence. Puis le deuxième match s’est terminé seulement 2 à 1 pour Concordia. Dans les deux matchs, on avait dominé au chapitre des tirs au but. Il y avait une évolution. Je m’étais levé dimanche matin en me disant qu’on allait gagner le match! »

Cette finale canadienne n’a rien comme les autres matchs. Concordia multiplie les lancers et de son côté, la gardienne Maude Desroches enchaîne les arrêts.

Avec moins de cinq minutes à jouer, la défenseuse Jade Picard y est allée d’un tir de la pointe à moitié voilé et Jordyn Verbeek n’a rien pu faire. Quelques minutes plus tard, Catherine Proulx et Laurie-Anne Éthier ont planté les derniers clous dans le cercueil des Stingers, les deux en l’espace de 30 secondes dans un filet désert.

Pour la troisième fois de son histoire, les Carabins devenaient championnes nationales!

L’apport de Veillette

« On est rentré huitième dans le tournoi et tout le monde pensait que ça allait se terminer au premier match, m’a expliqué Audrey-Anne Veillette après le match. On y est allé un match à la fois et honnêtement, on y a cru depuis le jour un. De battre Concordia, ça a comme bien bouclé la boucle. »

Une joueuse ne fait pas une équipe. Mais est-ce que les Carabins gagnent le championnat national sans le retour de Veillette? La question se pose.

Entre la saison régulière, les séries et les nationaux, la contribution de Veillette s’élève à 19 points en 19 matchs, dont 14 buts.

« C’est certain que l’ajout de Veillette a eu un impact important sur notre équipe. Ça nous a donné plus de profondeur, explique Leclaire. Mais ce n’est pas seulement son retour, c’est aussi celui de Laurie-Anne Éthier, qui a très bien fait en deuxième moitié de saison. »

Une autre joueuse qui a eu plus que son mot à dire dans ce championnat est Juliette Rolland. Jumelée à Veillette et Catherine Proulx, elle a connu toute une deuxième moitié de saison. Malheureusement, elle s’est blessée dans la demi-finale après avoir marqué le but gagnant et n’a pu être de la partie contre Concordia. Elle était toutefois la première sans patins sur la glace pour aller célébrer son championnat avec ses coéquipières.

« C’était déchirant d’apprendre que je n’allais pas jouer la finale, le moment que tout le monde attendait, mais j’ai fait tout en mon possible pour aider l’équipe avant le match et je sentais que les filles étaient en mission sur la glace et qu’elles allaient tout faire pour ramener les honneurs, me disait Rolland, quelques minutes après la victoire des Carabins. Je ne pourrais pas être plus fière de mon équipe. Ç’a toujours été un rêve de jouer pour les Carabins et d’ajouter une bannière à cette belle histoire, je ne pourrais être plus heureuse! »

Saison de rêve pour Coach Leclaire

Isabelle Leclaire ne prendra jamais le crédit, mais une bonne partie de ce succès lui revient.

J’aime dire qu’il ne faut jamais compter les Carabins pour vaincues. Et cette expression est largement due au système de jeu implanté par Leclaire. Elle est en poste depuis les débuts du programme et ce championnat national est son troisième.

Toutefois, ce fut une année pas comme les autres pour elle. En plus d’avoir subi une saison en deux temps, elle a dû s’absenter de l’équipe pendant près d’un mois afin de vivre l’expérience d’une vie, être analyste sur place, à Milan en Italie, du tournoi de hockey féminin des Jeux olympiques. Il s’agissait de la première fois qu’elle quittait son équipe aussi longtemps en près de 20 ans.

Dans tous les cas, son apport aux succès de l’équipe a été reconnu par ses joueuses.

« Lorsqu’on est revenus des fêtes, habituellement c’est un retour progressif, mais pas cette fois-ci, a expliqué Veillette. On a eu droit à un deuxième camp d’entraînement et Isabelle a mis les standards tellement hauts, qu’on arrivait encore mieux préparées pour les matchs. Ça explique en partie pourquoi on a eu une deuxième moitié de saison aussi incroyable. Son expérience dans les gros tournois comme ça nous a aussi permis de pouvoir s’adapter rapidement. Je veux aussi souligner le travail de Marie-Ève Ruel, l’entraîneuse-adjointe, qui a tenu le fort en l’absence d’Isabelle. Je n’ai jamais vu deux entraîneuses travailler aussi bien comme ça. C’était un mix parfait. »

De quoi être fières

Du côté des Stingers, cette médaille d’argent n’est certes pas celle qu’on souhaitait. Ce qui est dur à prendre c’est que pour une deuxième saison consécutive, l’équipe a dominé en saison régulière, pour ensuite échouer en finale du RSEQ ou du U Sports.

Une fin de carrière universitaire qui doit décevoir les compétitives Jessymaude Drapeau, Émilie Lavoie, Zoé Thibault et Jordyn Verbeek.

Cela dit, elles n’ont pas à être gênées de leur parcours. Les quatre ont remporté deux titres canadiens et en compagnie de Rosalie Bégin-Cyr, Emmy Fecteau, les sœurs Philbert et bien d’autres, et ont permis à Concordia d’être une équipe dominante pendant plusieurs années, sans contredit l’équipe par excellence des années 2020. Elles peuvent se retirer la tête haute.

Pour Drapeau et Lavoie, la suite se passera du côté des professionnelles.

Tournoi historique

Cette victoire des Carabins donne au RSEQ un troisième championnat canadien en autant de saisons, une première pour le Québec. Concordia l’avait gagné en 2024 et Bishop’s la saison dernière.

Ce qui veut aussi dire que le RSEQ s’assure d’envoyer deux équipes au championnat canadien pour au moins les trois prochaines saisons.

La joueuse la plus utile du tournoi a été la gardienne des Carabins Maude Desroches. En plus de ses 40 arrêts en finale, elle a maintenu un taux d’efficacité de 0.938 et une moyenne de buts alloués de 1.89 lors du championnat.

En ce qui a trait à l’équipe d’étoiles, pour la toute première fois en près de 30 ans d’histoire, il s’agit d’une équipe toute québécoise, alors que trois joueuses des Carabins et trois autres des Stingers en font partie.

  • G-Maude Desroches, Montréal
  • D-Jade Picard, Montréal
  • D-Camille Richard, Concordia
  • A-Audrey-Anne Veillette, Montréal
  • A-Jessymaude Drapeau, Concordia
  • A-Émilie Lussier, Concordia

Le tout s’ajoute à la nomination de Jessymaude Drapeau comme joueuse par excellence du U Sports. Elle est devenue la troisième joueuse du Québec en cinq ans à remporter le trophée Brodrick. Drapeau a aussi été choisie sur la première équipe d’étoiles.

De leur côté, Émilie Lussier (Concordia), Gabrielle Santerre (Bishop’s) et Émilie Lavoie (Condordia) ont toutes été choisies sur la deuxième équipe d’étoiles. Trois autres Québécoises ont été choisies sur l’équipe d’étoiles recrues, soit Angélie Jobin (Concordia), Sandrine Chouinard (Bishop’s) et Toby Graham (St. FX).

Un avenir rose

Contrairement à Concordia, qui perd plusieurs de ses vétéranes, Montréal ne perd que trois joueuses. Et heureusement pour l’équipe, les Maude Desroches, Juliette Rolland, Catherine Proulx, Jade Picard, Laurie-Anne Éthier, Wikona Laloche, Meghan Lesage et Lea Salem reviennent toutes avec l’équipe.

De plus, les Carabins pourront compter sur sa capitaine, Amélie Poiré-Lehoux, qui était prête à revenir au retour des fêtes, mais qui a préféré attendre afin de pouvoir jouer une saison complète l’an prochain comme le règlement lui permet.

Aussi de retour d’une blessure, les Carabins pourront compter sur Alexandra Giguère, qui n’a pas joué de la saison après avoir été choisie joueuse par excellence au niveau collégial en 2024-25.

Sinon, le recrutement collégial 2026 de Montréal amènera entre autres au CEPSUM Julie-Ann Paradis et Laurie Vézina. Paradis, une défenseuse des Titans de Limoilou, a terminé la saison au deuxième rang des meilleures pointeuses de la ligue, ayant obtenu une fiche de 43 points en 30 matchs. Elle a aussi été choisie sur la deuxième équipe d’étoiles.

Pour sa part, Vézina, également de Limoilou, a été la meilleure pointeuse chez les attaquantes, avec 39 points en 26 rencontres. Elle a été votée sur la première équipe d’étoiles.

Le Rouge et Or s’en vient

C’est ainsi que se termine la saison 2025-26 du RSEQ.

Il y aura un vent de changement la saison prochaine, alors que le Rouge et Or de l’Université Laval se joindra à la ligue, qui jouait à quatre équipes depuis deux saisons, soit depuis le départ de Carleton et Ottawa. Le calendrier sera maintenu à 24 matchs par équipe, alors que chaque formation affrontera chacune de ses adversaires à six reprises.

Il sera intéressant de voir où se classera le Rouge et Or et son entraîneur Pascal Dufresne. Les quatre premières équipes au classement général participeront aux séries éliminatoires. Les deux finalistes seront automatiquement qualifiées pour le championnat canadien.

Marianne Picard, la plus titrée

En terminant, un mot sur la Québécoise Marianne Picard, qui avec les Badgers du Wisconsin, a remporté son troisième championnat de la NCAA, un de moins que le record de tous les temps, établit par sa coéquipière Lacey Eden.

Toutefois, il s’agit d’un record pour le Québec. En effet, aucune autre joueuse d’ici n’a remporté le championnat de la NCAA plus de deux fois. L’athlète de Repentigny s’est encore blessée au genou cette année et même si elle a évité le pire, Picard a déjà annoncé qu’elle planifiait prendre sa retraite du hockey après cette saison.

Au total, 13 Québécoises ont remporté ce prestigieux titre. Voici la liste: 

  • Caroline Ouellette 2003 Minnesota-Duluth
  • Christine Dufour 2006-2007 Wisconsin
  • Emmanuelle Blais 2008-2010 Minnesota-Duluth
  • Karine Demeule 2008 Minnesota-Duluth
  • Audrey Cournoyer 2010 Minnesota-Duluth
  • Vanessa Thibault 2010 Minnesota-Duluth
  • Vanessa Plante 2014 Clarkson
  • Geneviève Bannon 2014-2017 Clarkson
  • Vanessa Gagnon 2014 Clarkson
  • Christine Lambert 2014 Clarkson
  • Élizabeth Giguère 2018 Clarkson
  • Jane Gervais 2021-2023 Wisconsin
  • Marianne Picard 2023-2025-2026 Wisconsin

crédit photo: Instagram des Carabins

Similar Posts

Laisser un commentaire

Votre adresse courriel ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *