Émilie Lavoie, de Fermont à la LPHF : un rêve bâti à des milliers de kilomètres

J’ai découvert Fermont et son célèbre mur-écran en 2019, alors que l’action de la série La Faille s’y déroulait. Pour être honnête, je connaissais très peu cette ville située au nord du Québec, à plus de 14 heures de route de Montréal, et je n’avais jamais entendu parler de cette impressionnante structure de 1 300 mètres de long et de 15 mètres de haut, inspirée d’un concept suédois.

Comme son nom l’indique, le mur-écran sert avant tout à protéger le reste de la ville des vents violents. On y trouve notamment une épicerie, une école primaire et secondaire, des restaurants, un bureau de poste et plusieurs autres services. Il permet donc aux résidents de circuler entre plusieurs services sans avoir à sortir à l’extérieur pendant les périodes de froid extrême d’un hiver qui s’étire généralement sur près de sept mois.

Le complexe abrite aussi plusieurs installations sportives, dont un aréna, une piscine et une salle d’entraînement.

C’est justement à l’aréna Daniel-Demers qu’a fait ses premiers coups de patin la plus récente sélection de sixième ronde de la Victoire de Montréal, Émilie Lavoie.

Née à Sept-Îles, Émilie a grandi à Fermont.

« C’était l’hôpital le plus proche, explique-t-elle. Donc l’accouchement s’est fait à Sept-Îles, ma mère est demeurée tout près à Port-Cartier avec ses parents au début, puis on est revenus à Fermont par la suite. C’est là qu’on habitait. Mon père travaillait pour ArcelorMittal, la mine à Fermont. Ma mère était enseignante, donc elle pouvait travailler n’importe où. »

Lorsqu’Émilie est née, en 2001, Fermont comptait un peu moins de 3000 habitants. Cinq ans plus tard, lorsqu’elle a commencé à jouer au hockey, la population était passée à environ 2600.

« C’est tout petit, mais tout le monde se connaît dans le fond. C’est le fun! On habitait à deux minutes de marche de l’école. Tout se fait à pied. On allait à l’épicerie à pied, on allait à l’école à pied, on allait à l’aréna à pied. Je pense que c’est juste un autre monde. Puis le soir, tu n’as pas besoin de conduire 20 minutes pour te rendre chez ton ami. C’est le fun de juste être autour de gens que tout le monde connaît. On vit dans le froid, tu touches les -50 des fois, mais c’est juste une autre perspective de la vie qu’on n’a peut-être pas ici à Montréal. On était tous heureux d’être là. Ça a été vraiment une bonne partie de ma vie, 15 ans, c’est quand même beaucoup! J’ai appris beaucoup là-bas. Il n’y avait pas beaucoup de hockey, mais j’ai pu jouer avec les gars. Je voyageais aussi beaucoup pour aller jouer avec du plus haut niveau, un peu plus loin. »

Les possibilités étaient toutefois plus limitées à Fermont. En raison du faible bassin de joueurs et de joueuses, il n’y avait que du simple lettre, avec tout juste assez d’athlètes pour former une équipe par catégorie.

« Pour du plus haut niveau, il fallait que j’aille à Baie-Comeau. Puis là, je pouvais jouer AA et AAA. Ça a quand même été beaucoup de voyagements, surtout dans les trois ou quatre dernières années, pour me permettre de jouer avec les gars, mais aussi du double lettre et du triple lettre. »

L’équipe la plus près se trouvait tout de même à plus de 20 minutes de route, à Labrador City, au Labrador, dans la partie continentale de Terre-Neuve.

« On faisait beaucoup de tournois, entre villes, comme Fermont, Baie-Comeau, Sept-Îles, Port-Cartier. Toutes ces équipes-là venaient à Fermont pendant une fin de semaine, puis on se faisait un petit tournoi. Il y avait des tournois à Baie-Comeau, il y en avait à Sept-Îles. On voyageait quand même beaucoup, on n’avait pas le choix. »

À titre comparatif, il faut compter près de sept heures de route entre Fermont et Baie-Comeau. Pour se rendre à Port-Cartier, le trajet dépasse les huit heures. On est loin de la réalité des jeunes qui grandissent à Montréal et qui disputent leurs matchs sur l’île ou dans les environs.

« Toutes les familles de joueurs de hockey étaient au courant. On partait tous la même journée et on se rejoignait toutes à l’hôtel. C’était quand même le fun. Puis tu t’habitues un petit peu. Les six heures puis les huit heures de route en ce moment, ils ne me dérangent pas trop! »

L’important support des parents

Mais tous ces kilomètres parcourus n’auraient pas été possibles sans le soutien indéfectible de ses parents.

« Ils ont tout donné! Les fins de semaine étaient dédiées au sport. Il y a un été ou un printemps, je ne me rappelle plus précisément, on était à Fermont du lundi au mercredi, après ça, maman, mon père et moi, on partait à Baie-Comeau le jeudi, vendredi, samedi et dimanche, puis après ça, on revenait à Fermont. C’était pour me permettre de jouer du plus haut calibre. Je pense que ça démontre à quel point ils étaient dévoués, ils voyaient le potentiel en moi, puis ils se sont dit, regarde, on le fait, puis on fait tout ça ensemble, en famille! »

Il allait donc de soi que ses parents l’accompagnent à Détroit en juin dernier pour assister au repêchage de la LPHF. Ils ont toutefois dû faire preuve de patience puisque le nom d’Émilie n’a été appelé que plus de cinq heures après le début de la séance, lorsque la Victoire de Montréal l’a sélectionnée avec le tout dernier choix de l’encan de 2026.

« Tout le monde a été bouche bée. Je pense que c’est juste la réaction d’un travail qui a porté fruit. Mes parents étaient là, mais ma sœur n’était pas là et je pense qu’il y a beaucoup de crédit à donner à ma sœur aussi, qui m’a suivie dans tous les tournois, pas possibles, à gauche, à droite, puis mes parents qui nous ont voyagé toute notre jeunesse, moi en hockey et elle en patinage artistique. Je pense que ça a été un gros moment de juste dire merci à ces gens-là qui m’ont amené ici. Oui, c’est moi qui m’entraîne. Oui, c’est moi qui vais sur la glace et tout. Mais sans eux autres, je n’y serais pas arrivé. Mes parents n’ont pas manqué une game à l’université. Ça démontre à quel point ils sont dévoués et veulent être là. »

Un modèle pour la relève

Après avoir déménagé à Beloeil, sur la Rive-Sud de Montréal, à l’âge de 15 ans, Émilie a poursuivi son développement avec l’Express et les Remparts du Richelieu, les Lynx du Collège Édouard-Montpetit, puis finalement avec les Stingers de l’Université Concordia, où elle a remporté deux championnats nationaux.

Une expérience qui l’a assurément préparée à la prochaine étape de sa carrière.

« Caroline Ouellette et Julie Chu ont joué un très grand rôle, mentionne-t-elle, parlant des deux entraîneuses qu’elle a eues à Concordia. Je pense que dès mon arrivée, ils m’ont fait confiance. J’étais jeune et elles m’ont appris comment être une bonne leader, une bonne coéquipière. Elles ont aussi amélioré mes skills. À Concordia, j’ai appris beaucoup au niveau psychologique et physique. J’étais ouverte à apprendre et elles m’ont pris sous leurs ailes. Elles m’ont fait confiance et j’ai vraiment beaucoup grandi. »

À 24 ans (elle fêtera ses 25 ans le 30 juillet), Émilie est devenue la première joueuse de hockey ayant grandi à Fermont à être repêchée dans les rangs professionnels, hommes et femmes confondus.

« C’est le fun de pouvoir montrer aux petites filles qui jouent à Fermont en ce moment que oui, c’est peut-être difficile d’avoir de grosses équipes ou du gros calibre, mais que ça se fait se rendre plus loin. À un moment donné, il n’y a pas de cégep à Fermont, il va falloir que tu partes et juste de pouvoir voir que c’est possible, je trouve que c’est vraiment le fun de pouvoir être une personne qui peut prouver qu’on peut atteindre d’autres niveaux. »

Émilie n’a pas encore signé de contrat avec la Victoire de Montréal, mais elle participera au prochain camp d’entraînement de l’équipe.

En attendant, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir cet été. Émilie sera d’ailleurs en action ce soir. 

Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, jusqu’au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com

crédit photo: Instagram Émilie Lavoie

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