Naomi Boucher : de globe-trotteuse à la LPHF
« C’est où, chez vous? »
La question paraît toute simple. Dans mon cas, la réponse est facile : Montréal. J’y suis né et j’y ai vécu toute ma vie.
Pour d’autres, c’est un peu plus compliqué.
Surtout lorsqu’on est née à Rimouski, qu’on a aussi vécu à Drummondville, Hamilton, Tampa, Berne, Ottawa, Montréal et New Haven… tout ça avant même d’avoir 20 ans!
C’est pourtant le parcours de Naomi Boucher, sélectionnée en sixième ronde, 67e au total, par les Sirens de New York lors du plus récent repêchage de la LPHF.
Son père, Guy Boucher, a occupé un poste d’entraîneur dans plusieurs de ces villes, forçant la famille à déménager à de multiples reprises.
La vie de globe-trotteuse comporte son lot de défis, mais aussi de nombreux avantages.
Née le 17 octobre 2003, Naomi a chaussé ses premiers patins à l’âge de trois ans, au Québec. C’est toutefois à Tampa qu’elle a fait son entrée à l’école primaire. Arrivée en Floride sans parler anglais, elle est aujourd’hui parfaitement bilingue, un atout qu’elle attribue directement à cette période de sa vie.
« Ben, t’sais, quand t’es jeune, c’est facile. On était à la plage à tous les jours. On jouait au soccer, au hockey, c’est facile se faire des amis. J’y étais de la première à la quatrième année à l’école. Et on ne parlait pas l’anglais au début. C’est fou quand j’y pense! On ne parlait pas anglais, mais tout était en anglais. C’est quand même la Floride! Mais on a appris ça vite et c’était vraiment le fun. »
Elle habitait d’ailleurs Tampa à l’époque où Vincent Lecavalier, Martin St-Louis et Steven Stamkos portaient les couleurs du Lightning.
« Je me souviens de les avoir vu souvent ces gars-là. Je me rappelle qu’ils jouaient aux mini-sticks avec moi! On avait la chance d’aller voir toutes les games qu’on pouvait. C’était vraiment cool! Puis avant et après les games, on descendait dans les lounges avec les autres familles de joueurs et de coachs. C’était notre quotidien. Mais en vieillissant, c’est là que j’ai réalisé que j’étais vraiment chanceuse, que ce n’est pas tout le monde qui peut vivre ça. »
Apprendre à survivre en Suisse
Le passage de la famille Boucher à Berne, la cinquième ville la plus populeuse de Suisse, a également laissé sa marque.
Même si Naomi fréquentait une école francophone, vivre dans une ville majoritairement germanophone lui a permis d’apprendre quelques notions d’allemand, en plus du français et de l’anglais.
« J’ai joué au hockey avec des gars en Suisse et c’était quand même assez tough. De un, je ne parlais pas leur langue, c’était tout en allemand. À l’école, l’éducation c’était correct. On allait à une école française et même si c’est assez anglophone là-bas, à l’école on n’avait pas le choix d’apprendre l’allemand aussi. Je me souviens qu’il y avait comme un jeu où il fallait choisir des couleurs et je l’ai dit en anglais et mon coach m’avait répondu “Non, je te donne pas la rondelle jusqu’à ce que tu me le dises en allemand.” C’est quand même une expérience. »
C’est aussi en Suisse qu’elle a découvert le hockey avec contact.
« En Floride, de 6 à 10 ans, on était tous pas mal du même niveau. Mais arrivé en Suisse, c’était full contact! Quand les gars voyaient une fille sur la glace, au lieu de l’éviter, ils pensaient dans leur tête “Ah, c’est une fille, elle va tomber vite, je vais la frapper!” La première année, c’était fou quand même. Je ne savais pas comment frapper, je n’étais pas assez forte. Mais ma deuxième année, j’ai vraiment appris comment! Quand on est partie de la Suisse pour Ottawa, c’est là que j’ai commencé à jouer avec des filles et j’étais comme rendue trop physique dans mon jeu. Je devais apprendre à trouver une balance. Mais la Suisse m’a vraiment appris à être pas mal physique et forte! »
Naomi se décrit comme une attaquante qui joue sur 200 pieds, des deux côtés de la patinoire, fiable, en qui les entraîneurs peuvent avoir confiance et qui, grâce à son passage en Suisse, n’a pas peur de jouer de façon physique. Le jeu physique est justement un aspect qu’elle va pouvoir exploiter davantage dans la LPHF la saison prochaine.
« J’ai appris à jouer physique pour me défendre. J’ai eu une couple de commotions puis je me suis dit que je devrais apprendre comment frapper! Je n’ai jamais vraiment perdu cet aspect-là. J’ai juste balancé ça à Ottawa et en rentrant à Yale, je l’ai gardé. Même si on avait pas nécessairement le droit de frapper dans la NCAA, notre ligue était quand même assez physique, puis j’ai vraiment aimé ça. Alors c’est sûr que j’ai très hâte d’être encore plus physique dans la LPHF. »
John Abbott et l’empreinte de Noémie Marin
Avant de prendre la direction de l’Université Yale, à New Haven, au Connecticut, où elle a disputé les quatre dernières saisons, Naomi a passé une année avec les Islanders du Collège John Abbott.
Utilisée sur le premier trio aux côtés d’Émilie Lussier et de Sena Catterall, elle y a vécu une saison qu’elle n’est pas près d’oublier.
« Ah, honnêtement, c’était tellement le fun. Ça a été l’une de mes années de hockey préférée. On avait tellement une bonne équipe. On a gagné le championnat, puis c’était vraiment le fun de jouer avec des filles de ce calibre-là. »
À John Abbott, Naomi a également évolué sous les ordres de Noémie Marin, aujourd’hui entraîneuse adjointe de Kori Cheverie avec la Victoire de Montréal.
Une entraîneuse qui a laissé une impression durable sur la jeune attaquante.
« C’est difficile à expliquer, hésite Naomi, essayant de trouver les mots justes. C’est une des meilleures coachs que j’ai jamais eue. Une des personnes qui a eu le plus d’influence sur ma carrière, ce qui veut dire beaucoup quand on pense que j’ai été là juste un an. J’aurais aimé qu’elle soit ma coach toute ma vie! »
Prête pour le prochain défi
Naomi n’était pas à Détroit pour le repêchage, préférant vivre le moment à la maison avec sa famille
« J’étais à St-Hilaire avec ma famille et on a regardé le draft ensemble. C’était cool d’être avec eux. J’avais eu des discussions avec des équipes, mais je n’étais pas certaine que j’allais être repêchée. C’est juste vraiment spécial. J’ai joué au hockey toute ma vie, donc de pouvoir continuer à jouer au niveau professionnel, je n’aurais jamais pu imaginer ça. C’est vraiment un rêve. Je suis très reconnaissante d’avoir cette chance-là. »
Avec une telle vie de globe-trotteuse derrière elle, déménager dans la région de New York et du New Jersey en prévision de la prochaine saison est le moindre de ses soucis.
« Ça ne me stresse pas trop disons. J’ai vraiment pas pensé à ça. Avant le repêchage, on me demandait où je voulais jouer et je répondais que ce n’était pas important. Ce n’est pas un problème pour moi de m’adapter à une nouvelle ville et à un nouvel environnement. »
Ceci étant dit. Si je reviens à ma question de départ, maintenant…
C’est où, c’est vous, Naomi?
« Ma mère a une maison à l’Ile-Perrot et mon père a une maison à St-Hilaire. Alors je dis Montréal parce que c’est entre les deux! »
En attendant ses débuts dans la LPHF, c’est à la LSHL qu’on pourra la voir cet été. Naomi sera d’ailleurs en action ce soir.
Le premier match est prévu à 17 h 15, suivi du second vers 18 h 30, au complexe sportif Hockey Etcetera, à Mont-Royal. Les matchs de hockey féminin auront lieu tous les lundis, du 6 juillet au 17 août 2026. Tous les profits seront remis à Pancreatic Cancer North America. Les deux rencontres seront également diffusées sur les réseaux sociaux de La Poche Bleue et de Living Sisu. Pour plus d’information, consultez le site livingsisu.com.
crédit photo: Instagram Université Yale
